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De Seul à bord édité à compte d’auteur en 1945 à Profonds Pays (2011) et Périples (2012) en passant par l’Anthologie personnelle (1989), Ulysse à ses chiens (1992), Poèmes américains (1993), La Chasse infinie (1995) ou Phares, balises & feux brefs (2005), l’œuvre du poète est riche d’une trentaine de recueils, d’une quarantaine de livres d’artiste, de plusieurs essais biographiques (sur D.H. Lawrence, sur Henry Miller), d’une dizaine de romans et récits, parmi lesquels : Les Eaux mortes (1975), Un cimetière indien (1981), L’Enclos (1992), La Route de San Romano (1996), Le Chant des limules (2002), Beaucoup de jours (2009) et, publié en mars de cette année, un « carnet de bord » intitulé Une longue vague porteuse.

Les derniers titres publiés de Temple sont disponibles aux éditions Actes Sud, Obsidiane, Finitude et Bruno Doucey.

Rencontre avec Frédéric Jacques Temple

vendredi 17 juin 2016 au Grand auditorium de la Médiathèque Émile-Zola à Montpellier, en partenariat avec la Maison de la Poésie en Languedoc, à l’occasion de la parution d’Une longue vague porteuse aux éditions Actes Sud. Lectures de l’auteur et de Patrick Hannais, entretien avec Pierre-Marie Héron. Photos : Patrick Hannais.

Pierre-Marie Héron ‒ Je voudrais, pour parler avec vous de votre dernier livre, m’en tenir à la seule première page, qui est une sorte d’avis au lecteur, et qui peut guider en quelque sorte, un peu comme un phare en mer, sa navigation.

Ma première question est celle d’un lecteur de l’ensemble de votre œuvre : je retrouve dans cette page de nombreuses formulations déjà présentes dans le premier volume de votre cycle sur l’enfance, qui est Les Eaux mortes. Dans Les Eaux mortes déjà, il y a donc 50 ans, vous parliez de vous en effet comme d’un kaléidoscope, et vous écriviez : « Tout émerge de conserve… Les souvenirs se chevauchent, s’interpellent, quelquefois s’annulent… Tout s’agite en moi, pêle-mêle ». Et ici : « Tout émerge sans ordre, se rencontre, se rejoint, se heurte, se mélange, s’annule, se recrée… La mémoire est un kaléidoscope ». On a un peu l’impression en lisant cet écho d’un livre dans l’autre à 50 ans de distance, que vous avez voulu boucler une boucle, et réaffirmer l’importance, quand on fait « œuvre de mémoire » comme vous, de respecter le fonctionnement sauvage, désordonné, de la mémoire. De ne pas appartenir à la « race des architectes », comme disait Cocteau, qui « échafaudent » leurs œuvres au lieu de les laisser « pousser ». Qu’en pensez-vous ?

Frédéric Jacques Temple ‒ Oui, d’autant plus que le mot « échafauder » me paraît trop proche de celui de « guillotine », ce qui est très loin de m’inspirer. Ceci dit, non, je n’ai pas voulu « boucler la boucle », car je suis décidé à suivre ma route le plus longtemps possible. Pas question de déposer le bilan. Je ne sais pas encore ce qui va suivre, mais je peux assurer que les poèmes ont à jouer un rôle majeur qui est de reconstruire un meuble avec les copeaux d’un arbre. Ce qui est impossible, c’est-à-dire enthousiasmant. Les Eaux mortes est, en effet, la première tentative de rassembler les morceaux d’une vie encore à ses débuts : l’enfance, à la fois close et ouverte à tous les vents ; la guerre, meurtrière de ma jeunesse ; les voyages libérateurs. J’ai laissé tout cela pousser, voire fleurir, dans le désordre qui est la grande loi de la mémoire, et peut-être la métaphore du grand désordre de la planète, et je tente de recréer par l’écriture un être qui est la somme de plusieurs.

De ce point de vue, on peut dire que vous êtes un auteur réaliste, au sens où vous cherchez, quand vous racontez des souvenirs, à imiter ou au moins à respecter l’allure imprévisible, désordonnée et moutonnante de la mémoire, comme du reste les grands auteurs « psychologiques » du XXe siècle, de Proust à Claude Simon. C’est un réalisme de la subjectivité n’est-ce pas, du vécu. Qu’en pensez-vous ?

Non, pas « réaliste » du tout, mais écrivain du réel, dans la mesure où, comme le disait Novalis, « plus une chose est poétique, plus elle est réelle ». Dans l’écriture, rien ne peut exister en dehors de ma subjectivité.

Vous citez Marcel Proust. Il traque la vérité du réel à travers les aléas de la mémoire involontaire et on sait bien que c’est une façon d’administrer une piqûre mortelle au roman réaliste tel qu’on l’entend au XIXe siècle.

Il me semble en même temps que ces réflexions sur le moi kaléidoscope s’inscrivaient il y a cinquante ans dans un climat assez désespéré, même si, avec Blaise Cendrars, vous étiez sensible aux « vertus vitales du désespoir » et refusiez de céder au pessimisme. Un désespoir qui était celui de ne pas pouvoir redonner vie à votre enfance volée par la guerre et de ne pas pouvoir « rassembler les morceaux de moi-même », écriviez-vous dans Les Eaux mortes. En somme, ce fameux pêle-mêle de la mémoire était à l’époque devant vous comme un obstacle, un adversaire. Aujourd’hui, dans Une longue vague porteuse, vous en faites l’éloge plutôt et on a l’impression que vous y trouvez votre compte. Est-ce que je me trompe ? Que s’est-il passé pour que s’opère une telle transformation ?

Le pessimisme est une maladie difficile à soigner et peut-être impossible à vaincre. Le désespoir est, ou devrait être, un tremplin pour, justement, ne pas « boucler la boucle ». J’ai, sans doute, voulu écrire pour me libérer, tenter d’y voir plus clair, sans y avoir évidemment réussi. J’ai publié en 1951 un petit récit, Inferno, trop proche de mon expérience de la guerre, et qui est une des sources des Eaux mortes, livre que j’ai mis très longtemps à écrire, et qui n’a paru qu’en 1975. Mais j’avais alors encore besoin de prendre du temps, de la distance. Ce que vous appelez « transformation » est sans aucun doute le produit de nouvelles expériences ou des circonstances de la vie, et de la maturité de l’écriture. C’est vrai que pour parler simplement de ma vie, je me sens beaucoup plus apaisé aujourd’hui que je ne l’étais il y a cinquante ans.

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J’ai quand même envie de vous faire une petite objection, quand je lis, toujours dans cet avis au lecteur, votre dédain de la « triste chronologie » et de la « stricte construction ». Car dans votre livre en prose précédent, Beaucoup de jours (2009), vous avez précisément trouvé intéressant de raconter votre vie, vos souvenirs, dans un ordre chronologique. C’est un « faux journal » au sens où vous ne l’avez pas écrit au jour le jour au moment des événements mais un journal aussi au sens qu’il emprunte aux vrais journaux leur allure chronologique. Comment concilier cela avec ce que vous écrivez dans l’avis au lecteur de votre dernier livre sur la « triste chronologie » ?

Je revendique le droit à la contradiction ! Mais en fait je n’ai pas entrepris Beaucoup de jours avec l’idée de faire une œuvre de création. Je ne le mets absolument pas sur le même plan que mes autres livres, poèmes ou proses. J’ai d’ailleurs été très étonné que lors du colloque de l’été dernier, à Cerisy, plusieurs intervenants aient choisi ce livre comme objet d’étude. Mais enfin dans le sous-titre « faux journal » on peut penser, que ce journal est un faux ou que ce n’est pas un journal. J’ai choisi naturellement l’ordre chronologique en commençant par l’année de ma naissance, car il me paraissait impossible de commencer par une fin dont je ne peux savoir la date. Si les années se sont naturellement succédé, à l’intérieur de chacune d’elles, les mois, les semaines, les jours, se sont mélangés. Il me paraissait, d’ailleurs, matériellement impossible de rétablir un ordre, même si je l’avais voulu. Et peu importe, finalement, pour le lecteur comme pour moi, que la marquise soit sortie à onze heures ou à dix-sept heures.

Autre question, toujours à partir de la première page d’Une longue vague porteuse, qui parle de vécu « revécu, voire rabâché, ressassé » d’un livre à l’autre (« le laboureur trace toujours le même sillon ») : il y a me semble-t-il dans votre dernier livre, à côté de souvenirs déjà revécus ou recréés dans des livres précédents, des souvenirs neufs si l’on peut dire, ou restés assez discrets jusqu’à présent. Comme si vous aviez éprouvé le besoin, à la fin d’une longue vie et « avant l’atterrage », de les faire entrer dans la réalité de vos livres et de compléter le portrait de vous qui se dessine dans vos livres. Êtes-vous d’accord pour dire cela et si oui, pouvez-vous évoquer certains de ces « souvenirs neufs » consciemment introduits dans Une longue vague porteuse ?

Ça n’est pas une démarche volontaire. Je ne cherche pas à faire le bilan, comme je vous l’ai dit. Les « souvenirs neufs » que vous avez repérés peuvent bien être parmi les plus anciens. Lorsqu’on remue la terre aux alentours de Verdun, on découvre des reliques du carnage : baïonnettes rouillées, casques perforés, des ceinturons, des obus qui n’ont pas explosé, et pire, des crânes à jamais anonymes. Dans la mémoire, sont encore enfouis des moments, des évènements, des personnages, des couleurs, des odeurs, des musiques, des élans de joie ou des nuages de malheurs qui peuvent ressurgir sans avertir ou bien rester à jamais oubliés. Je ne sais plus ce qu’il y a de neuf, dans mon dernier livre, peut-être la rencontre avec la baleine, au large des Baléares mais cela m’a surtout été l’occasion d’évoquer quelques navigateurs ou baleiniers que j’admire. Ce peut-être aussi une chose très récente comme la visite du musée Zadkine, si rangé, si propre, ressuscitant pour Arthur Secunda (un ami peintre, élève de Zadkine) et moi, le souvenir de l’atelier originel, indescriptible capharnaüm.

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En vous posant la question qui précède, je n’oublie pas ce que vous écrivez aussi à la fin de la première page d’Une longue vague porteuse : « C’est peut-être un roman, une romance. Ou ce que vous voudrez ». Mais je lui oppose en quelque sorte d’autres propos comme celui-ci, dans un entretien avec Jacques Lovichi en 1999 : « Je ne cesse de dire que mes livres en prose ne sont pas des romans… Je suis incapable d’en écrire. Mettons que, en prose comme en poésie, l’autofiction soit mon terrain. » N’est-ce pas aussi votre terrain dans Une longue vague porteuse et si oui, qu’est-ce que cela veut dire ici ? Est-ce seulement que vous imaginez les bribes de votre vie passée fournie par votre mémoire (« À bord du San Cristobal, j’imagine… ») ? Ou bien y a-t-il aussi dans ce livre des souvenirs soit complètement inventés, soit délibérément recréés, mythifiés par exemple, comme l’épisode de la chasse au requin dans Un cimetière indien, ou de la traversée en mer vers Nantucket (le point de départ du périple du capitaine Achab à la poursuite de Moby Dick) dans L’Enclos ?

En écrivant cette phrase : « c’est peut-être un roman », j’ai voulu ironiser sur le choix de ce mot que les éditeurs préfèrent à celui de « récit » sans doute réputé invendable. Et j’ai parlé d’autofiction, mot qui est devenu à la mode et souvent moqué, qui signifie « s’inventer soi-même ». Rien n’est inventé de ce que je raconte, mais il y a les faits et il y a l’écriture. La navigation sur une longue vague porteuse est, à l’évidence, une métaphore, mais le bateau est un vrai bateau dont j’ai changé le nom pour rester fidèle à un projet aussi lointain qu’utopique que j’avais formé avec un ami, en 1947, d’aller sur un San Cristobal imaginaire (en hommage à Christophe Colomb) à la recherche d’îles encore inconnues. Le requin avec qui j’avais lutté dans mon adolescence était un vrai requin (la photo qui l’atteste est conservée ici même) ; et mes récits de guerre sont malheureusement conformes à cette expérience qui m’a amputé de ma jeunesse et que l’écriture n’a pas réussi à gommer.

Dans mon dernier livre, la baleine des Baléares, dont je vous parlais tout à l’heure est aussi une vraie baleine, qui me permet de fraterniser en un paragraphe avec les grands baleiniers de ma mythologie personnelle.

Et j’allais vous parler de ma lecture, dans le cri des oiseaux, d’un poème de Walt Whitman, à Long Island, sa terre natale, aussi réelle que cette fin d’après-midi à la Médiathèque et je me rends compte tout d’un coup que je ne l’ai pas encore écrite !

Pour finir, permettez-moi de citer le propos attribué à Marc Aurèle que vous placez en épigraphe du livre : « L’essentiel n’est pas le but, mais le chemin ». Ce chemin, c’est celui d’une vie telle qu’elle se dessine dans le livre, mais c’est aussi celui de l’écriture même du livre, de ce « carnet de bord » tenu « en rade d’Aujargues », où vous habitez, de 2013 à 2015, au son des tourterelles, des huppes et du petit duc. Pouvez-vous nous dire quelques mots pour finir, sur votre travail d’écrivain pour ce livre : comment s’est-il « fabriqué » concrètement ?

Ce livre, comme les autres, a progressé, ou pour reprendre le mot de Cocteau, a poussé lentement, ce qui ne peut étonner ceux qui l’ont lu, car j’y fais l’éloge de la lenteur. Non, je n’ai pas de discipline, d’heures de bureau et je fais bien d’autres choses qu’écrire. Je dors, je mange, je bois du whisky irlandais, je lis, et surtout je relis, je regarde des films, j’écoute de la musique, je suis le sport à la télévision, j’envoie des lettres, je voyage encore un peu, je prends le temps de rêver, je reçois des amis, des enfants, des inconnus et très rarement, Dieu merci, des emmerdeurs. Bref, je vis normalement, si je puis dire, fidèle à ma devise : « Vivre d’abord ». Pour ce livre, comme pour les autres, j’ai noirci des carnets de notes de lectures, d’adresses, de citations, de recettes de cuisine, de pensées plus ou moins profondes, mais dont je me sers finalement très peu. Et je n’ai pas de rites, d’habitudes, j’écris dans un lieu que je compare davantage à un atelier, et même à un foutoir, qu’à un bureau. J’y suis prisonnier non seulement de plusieurs centaines de livres que je n’ai pas relus depuis très longtemps, ou même que je n’ai jamais lus, et aussi d’innombrables archives, mais encore et peut-être surtout de ce que j’ai collectionné, accumulé et ramené de mes voyages, ce qui me faisant rêver, me conduit à souvent oublier d’écrire. Tout cela commence à trouver refuge quelque part dans le secret de cette Médiathèque. Je n’ai pas de stylo hors de prix ; sinon celui que m’a offert Gilles Gudin de Vallerin pour mon dernier anniversaire à Cerisy. Je le sors dans les grandes occasions. J’utilise généralement un simple « Pilot N° 7 ». Ensuite je transcris le texte, tout en le corrigeant ou le modifiant, sur mon petit ordinateur qui ne me sert que de machine à écrire (et là j’évoque avec nostalgie mes vieilles Hermès, Olivetti ou Remington, tout en reconnaissant le grand avantage de pouvoir corriger à la seconde, sans noircir le texte de ratures, supprimant ainsi les premiers brouillons, les états successifs, ce qui fait le désespoir des universitaires).

Pour ce qui est de l’intendance, j’abuse de la patience de ma femme qui résout tous les problèmes matériels et veille à mes fautes d’orthographe. Je tenais à le dire pour finir avant d’écouter Patrick Hannais qui va donner sa voix à mon écriture.

Patrick Hannais_17juin2016

Entretien à l’occasion de la réception du prix Apollinaire 2013

avec Pierre-Marie Héron, Claude Leroy et Gérard Lieber  (extraits). Photos : Charlotte Guy et Zelda Hadener.

 

Frédéric Jacques Temple (2)

Le prix Apollinaire que vous venez de recevoir pour l’ensemble de votre œuvre, après de nombreux autres, revêt pour vous une importance particulière. Pourquoi ?

Je ne méprise pas les prix, je ne les recherche pas frénétiquement. J’en ai eu quelques-uns, dont le prix Valery-Larbaud qui m’a particulièrement touché. Je les accepte avec gratitude comme le témoignage d’avoir été lu avec attention et sympathie. J’ai été régulièrement nommé pour le prix Apollinaire depuis mon recueil Fleurs du Silence en 1968 et j’avais pris l’habitude de ne pas en être lauréat ! Je suis surtout heureux de rejoindre au palmarès deux poètes que j’admire et qui ont beaucoup compté dans ma vie, Paul Gilson (1951) et Serge Michenaud qui l’a reçu un an avant sa mort en 1972.

On a pu voir en vous un « poète cosmique », un « poète américain » ou encore, dans le volume qui vous est consacré aux PULM, un « poète univers ». Que faut-il entendre par là ?

Probablement que je ne pratique pas une poésie de laboratoire. J’ai appris grâce à ce colloque que le mot univers était à l’origine un adjectif. Je suis donc univers, comme d’autres sont grands ou blonds ! C’est-à-dire que suis naturellement attiré par la totalité du monde et par sa variété. Mais les auteurs du volume publié aux PULM expliquent ça beaucoup mieux que moi !

 

Frédéric Jacques Temple (1)

Vous faites partie de l’espèce aujourd’hui assez rare des poètes hommes de radio : de 1954 à 1975 notamment, vous avez dirigé les programmes de la station régionale de la RTF puis de l’ORTF. Cette immersion quotidienne dans le monde des sons a-t-elle influencé l’écriture de vos poèmes, voire votre conception de la poésie ?

Je viens de citer Paul Gilson qui a ouvert largement la radio à de nombreux poètes comme Georges-Emmanuel Clancier, Robert Mallet, Luc Bérimont, Jean Tardieu, Robert Sabatier, Philippe Soupault, Blaise Cendrars, Michel Manoll, Louis Foucher, Loys Masson et bien d’autres. Mais la radio n’a fait que confirmer pour moi ce que ressentais déjà, que les mots avaient leur musique. C’est plutôt ma pratique de la poésie qui a influencé ma manière de faire de la radio. C’est probablement ce que recherchait Paul Gilson.

À la médiathèque Émile-Zola, le Fonds Temple qui accueille depuis 2009 vos archives voisine désormais avec un Fonds Joseph Delteil, qui fut pour vous un ami très proche de 1947 à sa mort en 1978. Qu’est-ce qui a cimenté votre amitié avec ce « merle blanc de la littérature » ?

J’avais été séduit par la couleur et la saveur de son langage et, sachant comme il avait été fêté par les plus illustres de ses contemporains, j’avais été surpris qu’il soit, après la guerre, sinon oublié du moins négligé. Nous étions devenus proches, sans pour autant qu’il fut pour moi un modèle littéraire, mais plutôt une sorte d’oncle tutélaire, jusqu’à sa mort. Il a été à l’origine de ma rencontre avec Henk Breuker. C’est lui qui, en nous achetant une presse à bras en 1951, a permis de faire éclore le groupe de La Licorne. Que je sois désormais son voisin de rayon à la médiathèque Émile-Zola me touche et m’honore.

Vous aimez dire que la poésie vous accompagne de ses « phares, balises ou feux brefs » : que voudriez-vous dire à ce sujet à ceux qui sont venus vous rencontrer ce soir ?

Je ne sais si la poésie m’accompagne ou si elle me précède pour me montrer la route. J’ai dit dans la préface à mon Anthologie Personnelle que « l’écrire n’est qu’une des nombreuses formes du vivre » et j’ai ajouté ailleurs « vivre d’abord ». Vivre, c’est-à-dire, respirer, regarder, entendre, marcher, parler, dormir, crier, voyager, manger, boire, engranger des images, des sons, des sentiments, des sensations, des joies, des tristesses, qui sont autant de grains à moudre pour que naissent les poèmes qui deviennent en effet, phares, balises et feux brefs. Une fois publiés, ils appartiennent alors à ceux qui s’y reconnaissent.

Émotion à la fin de Merry-go-round

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