Vos rencontres avec FJT

Le grand Travers 1992

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3 réflexions sur “Vos rencontres avec FJT

  1. Ma rencontre avec le couple FJT et Brigitte Portal s’est réalisée dans un climat de grande sollicitude et une connivence s’est vite installée entre nous grâce à l’évocation d’un nom qui charriait, pour Jacques comme pour moi, tout un cortège d’autres noms, tout un flot de souvenirs liés à Alger : le nom d’Edmond Charlot – un des êtres les plus charismatiques que j’aie rencontrés malgré son apparence des plus banales et dont Alger a gardé la mémoire par-delà les profonds bouleversements survenus.
    En s’adossant à l’évocation de Charlot (tout le monde l’appelait ainsi), elle s’est d’entrée de jeu installée sous le signe de l’amour des lettres et des arts et s’est faufilée dans une autre histoire plus longue, commencée à Alger, dans la librairie des Vraies Richesses.
    L’histoire s’est poursuivie, plusieurs années plus tard à Tlemcen pour la création d’un prix littéraire : le prix Mohammed Dib, un des auteurs que Charlot regrettait de n’avoir pas publié. FJT avait généreusement accepté, à un moment où l’Algérie n’était pas une destination pour des séjours de plaisance, de faire partie du jury d’attribution de ce prix.
    Cette expédition à Tlemcen, dans des conditions rocambolesques, qui a laissé à tous les participants un souvenir inaltérable, revêt à mes yeux un sens très fort en ce qu’elle renouait, toutes proportions gardées, avec l’esprit aventureux des Vraies Richesses. En effet, cette opération de prix littéraire, lancée dans un pays dévasté, par un groupuscule d’amateurs de littérature, pour encourager de jeunes talents écrivant en langue française et placée sous l’égide de l’écrivain du panthéon algérien le plus imprégné de francité, n’est pas sans ressemblances avec ce rêve méditerranéen d’échanges caressé par Camus et « la bande à Charlot ». L’expédition fut à la hauteur, je crois, de l’esprit de fraternité et d’amour des livres qui régnait dans la petite librairie de la rue Charras (aujourd’hui rue Hamani) quand FJT y fut accueilli pendant la Seconde Guerre mondiale.

  2. La première fois que j’ai vu Frédéric Jacques Temple, il rentrait heureux du marché à Montpellier où il avait trouvé les premiers petits caillés de la saison. Avant toute autre discussion, nous nous sommes attablés près des lauriers-sauces du jardin pour déguster les caillés avec du miel de châtaignier. Voilà l’entrée en matière. Littéralement. Car avec Frédéric Jacques Temple, en le rencontrant comme en le lisant, on comprend vite que la matière, sensuelle matière et chair vivante, est le vif du sujet : une fois entré en matière, on n’en sort pas. Matière de la terre, de la mer, du ciel et du soleil, du végétal, de l’animal, du minéral, matière jamais inerte, qui se respire, se goûte, se touche, se contemple… C’est ainsi qu’avec lui les plaisirs de bergers deviennent des plaisirs de rois, et inversement.

    C’était le cas ce matin-là. Et, goûtant avec lui les petits caillés, il n’y avait, ma foi, rien de plus à dire. Comme nous sommes personnes civilisées, nous avons devisé, mais l’essentiel était ailleurs, dans une certaine façon d’être là. Être là est justement la faculté de vivre que possède Frédéric Jacques Temple. Entièrement là : fondu dans le paysage et pourtant là, remarquable comme celui qui a toujours été là.

  3. F.-J. Temple : Un ami de mon père que je voyais enfant comme une sorte de géant un peu taciturne, un « pauc-parla », comme on le disait des gens du Larzac. Aux côtés de Max Rouquette quand viendra pour celui-ci la reconnaissance officielle en 1993 : arpentant avec lui les ruines du Château d’Aumelas, berceau du Troubadour Raimbaut d’Orange, marchant en colonne vers le Mas de Gardies à Argelliers, ruine métaphysique centrale dans l’œuvre de Max Rouquette, participant à des tables rondes dans un café de l’Esplanade ou évoquant Faulkner ailleurs. Je le vois dévorant côtelette sur côtelette dans la magnanerie de la maison natale de Max Rouquette, solide appétit qui n’est qu’une facette d’une faim de vivre de ce « grand vivant ». Avant cela, je l’avais rencontré dans ma jeunesse, comme directeur bienveillant de la Radio-Télévision à Montpellier sur la Colline où nous allions faire des émissions occitanes. Ce n’est que plus tard que j’ai découvert la continuité de son soutien discret et toujours efficace à la culture d’oc, comme lorsque j’ai lu cette revue Vagabondages qu’il avait consacrée à la poésie d’oc, et dont le directeur le qualifiera « d’écrivain occitan d’expression française ».
    Et plus tard encore, rentrant enfin dans son œuvre, j’ai senti les racines profondes de cet attachement, quelque chose qui n’était pas un marginal « supplément d’âme ». Dans ses errances de voyageur, il regardait le monde avec cette conscience blessée et ce ferment d’enfance qu’il porte au cœur. Il relevait partout où il passait les traces de l’Origine et sa vision du monde en était presciente.
    Max Rouquette a traduit les auteurs, Dante, Omar Khayyam, Lorca et Synge avec lesquels il rentrait en connivence. S’il a traduit en occitan des poèmes de Temple, ce n’est pas seulement par amitié, c’est qu’il se reconnaissait avec lui une communauté d’imaginaire.
    Le 22 février à la Médiathèque Émile-Zola, Temple a répondu avec humour aux questions, il a livré quelques souvenirs sans nostalgie de sa vie pleine et riche, il a répété son refus d’une poésie de laboratoire. Paroles de jeune homme d’expérience…

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