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4 réflexions sur “

  1. F. J. Temple a un couteau dans sa poche. Une gueule à pêcher la morue du côté de Cape Cod. Il est allé à Nantucket, il a dormi sur un tas de goémon, il a aspiré la chaude torpeur du Yoknapatawpha, dans le Deep South. Il a flairé la vieille odeur des pistes de l’Ouest, comme ici celle des drailles où émigraient les tribus celtes dont il parle dans son Grand Voyage. Temple n’est pas un homme-de-lettres. Il a la naïveté de croire que le monde est plus important que tout, qu’un chemin creux, un talus d’herbe, une odeur de varech ou de hêtre brûlé correspondent en nous à un langage vital, fondamental, dont l’autre n’est qu’une caricature merveilleuse et dérisoire. les poèmes de Temple, tout ce qu’il écrit, sont les carnets de route d’un exilé sur les traces du lost world. Un vagabond. Une âme royale habillée d’oripeaux, comme ces bâtisses hautaines et misérables du Sud profond en Louisiane. Il sait de naissance qu’être au monde, c’est tout avoir et tout perdre en même temps.

    Dans Entailles, n°11-12, 1979

  2. « Commune présence »

    Au mois d’août 2013, à la demande de l’Atelier Imaginaire, Frédéric Jacques Temple a relaté sa rencontre à Alger, en 1942, avec Max-Pol Fouchet puis Edmond Charlot, l’inventeur des «Vraies Richesses», à l’aventure de laquelle Albert Camus participa, y publiant notamment L’Envers et l’Endroit et Noces :
    http://www.atelier-imaginaire.com/index.php?menu=97&page=6
    Avant la mise en ligne du texte, j’ai souhaité savoir ce qu’était devenue cette « librairie » algéroise. FJT m’a donné les informations utiles, photos à l’appui, avec le concours de Marie-Cécile Vène, la compagne d’Edmond Charlot.
    Je remercie Frédéric Jacques Temple de m’avoir aidé à témoigner de cette « commune présence », de cette aventure à laquelle il a été étroitement associé pour le meilleur de l’homme, de la poésie, de la littérature.
    De même, en novembre 2013, FJT a participé à l’écriture de Mon royaume pour un livre, édité conjointement par l’Atelier Imaginaire et le Castor Astral dans la collection « Le Livre d’où je viens », en racontant dans un texte original « Œil de faucon » les circonstances l’ayant conduit à vouloir devenir écrivain :
    http://www.atelier-imaginaire.com/index.php?menu=94&page=8
    Les lecteurs y trouveront de beaux et solides repères pour se frayer un passage dans un monde ballotté entre Charybde et Scylla.
    Guy Rouquet

  3. Paradoxal Frédéric Jacques Temple, à la fois poète de notre temps et poète atypique dans ce temps, marginal de l’intérieur, qui, comme Apollinaire, « sut être partout » tout en restant enfermé dans son être et, tel le musicien de Saint-Merry, va « indifférent jouant son air ». Je le vois tout entier dans deux de ses titres: Foghorn, « corne de brume », appel au large dans « une navigation qui ne concerne en définitive que moi » et qui cependant est jalonnée de signes aux amis lointains ; Un long voyage, « très ancien voyage » entre le Paradis perdu et les « siècles à venir » qui s’achève (ou commence ?) par le cri renouvelé des soldats grecs à la fin de leur Anabase :

    La mer ! La mer enfin, au-delà des vallées de pampres et d’huile,
    La mer, à l’orée des pals, où débouquent
    Des fleuves lents comme des barques de limon.

    (Un long voyage, repris dans l’Anthologie personnelle)

    Michel Décaudin

  4. J’ai eu l’occasion de fréquenter un peu Frédéric Jacques Temple lorsque, jeune auteur d’un premier recueil de nouvelles, je me suis retrouvé à deux reprises (invité par la librairie « Le grain des mots ») à la Comédie du livre en 2006 et 2007 et ô comble de la joie, assis derrière le stand aux côtés du poète. Taiseux, mais accueillant, il accueillit amicalement mon enthousiasme à le rencontrer… J’adorais son œuvre… À ma grande joie, il sembla apprécier mon recueil au point de m’en demander une dédicace… Parfois nous nous croisons à Paris au Marché de la poésie ou au Salon des éditeurs indépendants et il nous arrive de correspondre… Le plus juste hommage que je puisse lui rendre, mon témoignage le plus affectueux est ce poème (paru dans la revue À l’index animée par le poète et revuiste Jean-Claude Tardif) et qui se trouvera dans mon prochain recueil Tenir. Je le mets en partage en ce lieu. Frédéric, vous connaissez ce poème… Si vos yeux se portent à nouveau dessus à travers ce blog, j’en profite pour vous redire toute mon affection, mon amitié et mon admiration… J’adore vos poèmes et vos romans… Bravo monsieur le poète… et comme le disait Blaise Cendrars : « ma main amie »…

    Jeux de pistes

    Pour Frédéric Jacques Temple

    C’est un homme ancien
    Solide comme un roc et taillé comme un chêne.

    Le pas lent de l’âge et sûr de qui a beaucoup marché.
    Digne enfin comme le sont les arbres.

    Dans son œil hibou, je vois la nostalgie
    Des déserts du monde.

    Enfin, il porte la guerre en blessure
    Et la mer pour mémoire.

    Nous sommes nés en des temps différents
    Aux mêmes latitudes
    Dont nous partageons l’horizon de lumière.

    Nous avons joué avec les mêmes dieux
    Qui étaient frères aux confins des garrigues
    Où le soleil échoie.

    Mais d’aventure,
    Le pouvoir de les faire revenir,
    Nous est-il offert ou arraché de longue lutte ?

    Je crois que nous les avons fatigués
    En posant sur eux nos regards de brancardiers,
    À vouloir abriter leur exil en nos vieilles demeures malades
    Où nous pourrissons, dans la confusion des rôles,
    Nous prenant pour des fils ou des pères.
    Aux différents âges de l’homme.

    Ses pas le menèrent vers une tribune
    Qui le baptisa « Celui qui marche avec le soleil »,
    Moi vers des rivages ioniens
    Ou je connus à ma façon, un amour indien.

    Nous partîmes maintes fois sous l’œil de feu
    De différents cieux
    Mais nulle part
    – nous en avons témoigné –
    Nous n’avons retrouvé les traces des dieux

    De Kanawake à Santa Fé,
    De Lesbos au Pirée,
    Pas une poignée,
    Pas un seul,
    Parmi les femmes, les pauvres,
    Ou les chiens.

    C’est à désespérer que je leur courre après,
    Moi qui suis prisonnier
    Et pourtant je vis toujours dans les zones
    Où jouent leurs ombres.

    Qu’ils viennent au-devant de moi,
    Comme au pied d’un aveugle verser leur aumône cendrée :
    Un couteau de bois, la plume d’un guerrier
    Ou le baiser d’une Ojibway –

    Je piétinerai leurs visages invisibles
    Sans laisser de marque,
    Juste une piste de larmes
    Pour que remontent les femmes,
    Les pauvres et les chiens
    Vers l’enfance défigurée.

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